Dans notre dernier article, on vous parlait de la réalité virtuelle dans le retail : miroirs connectés, cabines d’essayage intelligentes ou encore l’utilisation des casques de réalité virtuelle. Aujourd’hui nous allons parler des avancées technologiques quant aux moyens de paiement avec Tiller, une caisse enregistreuse intelligente facilitant l’expérience d’achat du client final comme du retailer. “Tiller” en anglais veut dire “barre” et plus précisément celle d’un bateau, on fait référence ici à un outil qui permet aux navigants de diriger comme ils le souhaitent leurs navires.

On a rencontré Dimitri Farber, l’un des co-fondateurs de Tiller dans leurs nouveaux locaux situés rue Louis Blanc dans le 10e arrondissement de Paris. On commence par un petite visite guidée des bureaux sur 3 étages. Le RDC et le premier étage sont réservés à Tiller, le 2e a accueilli une autre start-up de la food tech : FoodChéri, il reste encore quelques espaces vacants pour du co-working d’ailleurs ! L’ambiance est très Start-up : open spaces, salles de réunion vitrées, messages sur les murs, des barres à roues de bateaux ici et là. On entre dans l’univers Tiller.

Dimitri Farber, co-fondateur de Tiller

Dimitri Farber, co-fondateur de Tiller

Comment cette idée vous est-elle venue ?

Sur les 3 fondateurs dont je fais partie, 2 étaient spécialistes de la business intelligence chez Accor. Ils récupéraient les données de vente de l’ensemble des hôtels et restaurants du groupe. Ils analysaient l’ensemble de ces données dans leurs matrices et se chargeaient de créer des recommandations pour les restaurants : produits à mettre à jour, produits à changer en fonction de la courbe de cycle de vie du produit, etc.

Ces gros groupes peuvent se permettre ce genre d’analyses mais les petits commerçants n’ont pas les moyens d’avoir ces analyses. On voulait les aider à devenir meilleurs gestionnaires. Il y a beaucoup de passionnés, très peu de gens vraiment orientés business. Ce sont des passionnés mais pas des gestionnaires.

En quoi votre caisse enregistreuse est-elle particulière ?

La caisse-enregistreuse Tiller couvre 3 métiers :
Caisse-enregistreuse (côté opérationnel, simple & intuitive, 7 à 10 fois moins chère qu’une caisse-enregistreuse traditionnelle)

 

Plateforme de gestion en temps réel (partie stratégique et gestion, ensemble des données de ventes & comptables, les meilleurs horaires, ensemble d’analyses), data (prédiction, analyser les données, prochaines tendances)

Prédiction. Par exemple, Mc Donald’s a un modèle très précis qui permet à chaque restaurant de savoir heure par heure ce qui sera consommé et reçoit chaque matin un ticket avec les ventes par minute.

L’intérêt de notre solution réside aussi dans le fait que la plupart des restaurateurs ont parfois plusieurs tablettes à usage unique : une pour la livraison (voire plusieurs : Deliveroo, Foodora), une caisse pour le paiement, et une pour la gestion.

On cherche à devenir l’unique interface digitale pour les commerçants et donc à compiler toutes ses fonctionnalités grâce à des partenariats avec les autres acteurs du digital et de la foodtech : Deliveroo, Foodora, Brigad, Alloresto, etc.

 

Le cabinet de curiosité selon Tiller

Le cabinet de curiosité selon Tiller

Votre caisse enregistreuse peut-elle convenir à tous retailers ?
On s’adresse à tous les commerçants, mais il y a certaines spécificités de type buraliste ou pharmacie où l’univers est totalement normé, sinon on constate la répartition suivante :
60% restaurants traditionnels
30% restaurants Fast food
10% autres

Quels sont vos objectifs/challenges à horizon 5 ans ?

Notre objectif est de devenir l’unique interface digitale pour un commerçant. Devenir l’objet de référence pour un commerce. On reste sur la caisse enregistreuse et après on se connecte à son éco-système.

Qui sont vos concurrents ?

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, nos concurrents sont en fait principalement les caisses traditionnelles : 90% du marché (à 60% digitale des années 80 et 40% à boutons). Puis, après cela, il y a quelques acteurs sur tablette, qui cumulent entre 100 et 1000 clients.

Comment gérez-vous les données de vos clients ?

La data appartient à nos clients mais on peut la réutiliser pour eux comme pour des études de marché/tendances. Dans l’hôtellerie par exemple, il y a un outil, le Com7 qui n’existait pas pour les restaurants, il donne les données d’un secteur avec des indicateurs comme le taux d’occupation, le prix des chambres, etc. ce qui permet aux hôtels de fixer les prix en fonction de la concurrence, par exemple.
On met donc à disposition de nos clients le même genre de données qui nous paraît essentiel pour tenir un établissement.

Aujourd’hui Tiller est un concept de caisse enregistreuse sur iPad qui surfe sur un aspect légal qui oblige les restaurateurs à s’équiper avant 2018, c’est bien ça ?
La fraude fiscale, l’Etat l’estime à 15 milliards d’euros de manque à gagner par an. Ils ont donc inclus dans la nouvelle loi finance, l’article 88 : tous les commerçants assujettis à la TVA devront avoir une caisse conforme à la loi (et ainsi avoir une trace de tout). C’est en effet une grosse opportunité pour nous afin de conquérir ces 30% de commerçants qui n’ont pas de caisse.

Notre but : faire de Tiller l’unique interface digitale pour le commerçant

La devise de Tiller "Go big or go Home"

La devise de Tiller « Go big or go Home »

D’où l’importance d’investissements massifs chez Tiller pour sortir #1 sur le marché… Mais une fois que le taux d’équipement aura atteint les 90-95%, qu’est-ce que vous allez faire ?

On a de la marge avant d’avoir tout le marché, pour le moment on a 2%. On vient d’ouvrir des bureaux à Barcelone et Milan, on s’implante pas mal en Europe. On a un gros concurrent Allemand, ils n’ont pas réussi en France. Beaucoup de concurrents aux UK, mais ce n’est pas le même marché. Notre vision est de devenir l’outil essentiel pour tenir un établissement, bien plus qu’une caisse-enregistreuse.

Vous avez lancé récemment un nouveau service à destination des entrepreneurs de la food : la Frégate. Pouvez-vous nous en parler un peu plus en détails ? Quels investissements pour quels bénéfices pour vous ? pour ces entrepreneurs ?

C’est le projet de Jennifer Moukouma et il s’agit du 1er incubateur gastro et business pour des restaurants en devenir. 2500 clients qui nous demande quel comptable, quel designer… On devait les aider, les accompagner.
La Frégate, à la base, c’était une simple page web sur des sujets spécifiques : gestion de réservations, comment monter son restaurant… mais il n’y avait pas d’endroit physique pour discuter avec des gens… Maintenant que nous sommes installés ici et que nous avons un peu de place nous pouvons utiliser ce lieu pour aider les restaurateurs qui veulent ouvrir dans les 3 à 6 mois.

L’appel à candidature est lancé, à partir de Septembre on va prendre 5 projets. Il s’agit d’un programme d’accompagnement de 3 mois avec 1 mentor de chez Tiller, 1 mentor d’un de nos partenaires Trans gourmet, Unilever, etc. et ils auront accès à la cuisine professionnelle et chaque semaine il y aura un workshop, le chef Bruno Oger était venu en faire un chez Tiller il y a quelques temps par exemple.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un jeune entrepreneur qui voudrait se lancer ?

Le premier serait en terme de recrutement : “Quand il y a un doute, il n’y a pas de doute.” Il ne faut jamais faire de compromis sur les recrutements, il vaut mieux dire non que de le regretter…
C’est aussi une question de culture d’entreprise : si tu commences à intégrer quelqu’un qui ne partage pas à 100% ta vision, une fois grandie, tu ne peux plus faire toi-même le recrutement dans ton entreprise, c’est donc les personnes que tu as embauché qui le feront et qui présenteront ton projet/entreprise avec leurs mots et leur ressenti et risque à leur tour de compromettre cette culture que tu as mis en place et ainsi de suite. Chez nous, la culture c’est : Ambition, casser les règles, secouer le marché, transgresser.

Le second conseil serait de ne pas trop écouter ce que les gens disent et de se faire confiance, se faire sa propre expérience. Et c’est également vrai pour les conseils de gens très expérimentés !

Autre angle de la verrière chez Tiller

La verrière chez Tiller